La Femme Parfaite

 

Edition  1866

 

Comme chaque année, nos rédactrices nous font l’honneur de partager leurs secrets. Cette année ne dérogera pas à la règle.  Nous vous souhaitons bonne lecture et bon travail afin que chacune de nous devienne une femme parfaite.

Les conseils de tante Mary-Jane

Qu’y aurait il donc, cette fois, dans la fameuse casserole de Tante Mary-Jane pour qu’il s’en dégage un tel parfum ? De la cuisine, qui en est toute imprégnée, il se répand très indiscrètement par toute la maison et je sais bien de mes petites nièces gourmandes qui ont envie de soulever un petit coin du couvercle qui semble cacher de pareils délices.
Voyons, mes petites amies, je ne veux point trop vous faire languir ni fatiguer votre imagination qui s’efforce de deviner quel peut bien être le plat succulent et fameux capable de répandre un tel fumet. C’est tout simplement, -et voyez que le nom du moins n’a rien que de très modeste et même un peu vulgaire, - c’est tout simplement un poulet à la paysanne.
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Ne vous effrayez point non plus du nombre d’ingrédients différents que mon plat comporte. Aucun n’est couteux ni difficile à se procurer et je vous assure que vous serez largement récompensées de la confiance dont vous aurez fait preuve.
Procurez-vous un beau poulet, bien jeune, et faite le simplement rôtir  au four avec beurre, poivre et sel. Pendant sa cuisson, vous vous occuperez de la confection de la sauce qui est la partie importante du plat et qui exigera toute votre attention. Qu’elle ne vous préoccupe pas au point, cependant, de vous faire oublier votre volaille qu’il faudra arroser fréquemment afin qu’elle sorte du four bien dorée, juteuse et cuite à point.
Emincez trois gros oignons et faites les roussir dans une casserole où vous aurez préalablement fait chauffer deux cuillérées d’huile d’olive. Lorsqu’ils seront bien bruns, ajoutez 125 grammes de lard gras coupé en dés, sel, poivre, thym, laurier et un bouquet de persil. Laissez revenir un instant, puis ajoutez encore trois grosses tomates bien mures coupées en tranches et mouillez avec un décilitre de bouillon. Après quelques minutes de cuisson, ajoutez un décilitre de vin blanc sec et un verre à liqueur de cognac. Laissez réduire doucement jusqu’à complète cuisson, et passez alors au tamis fin cette sauce qui devra être assez épaisse. Pendant que ces premiers ingrédients cuiront sur le coté du feu, faites fondre du beurre dans une seconde casserole. Mettez y 125 grammes de lard mi-maigre, cette fois coupés en lardons, 250 grammes de champignons et une trentaine  de petits oignons, et laissez cuire jusqu’à ce que tout cela soit bien tendre. Mêlez alors le contenu des deux casseroles au jus du poulet rôti. Si votre sauce n’avait pas assez de consistance, vous y ajouteriez une pincée de fécule, mais je doute, si votre préparation est bien faite, que cela soit nécessaire.

Découpez le poulet que vous dresserez au milieu du plat ; entourez-le de sauce et garnissez-le de croutons de pain frits au beurre et découpés en losange.

Une de nos lectrices me demande la recette d’un bon petit plat économique à offrir en cas de déjeuné intime ? Vous en connaissez d’ailleurs toute l’utilité : au plat de viande qui constitue probablement le menu ordinaire de vos déjeuné, vous comptez ajouter un petit supplément ; le dessert est tout trouvé, une bonne crème ou un soufflé… Mais qu’offrir en premier lieu ? Vous êtes sans doute un peu lasses, Mesdames, des eternels vidés aux crevettes et des coquilles Saint-Jacques…. D’autre part, vous n’avez pas l’envie de faire beaucoup de frais. Ecoutez plutôt la manière de préparer mes délicieuses au fromage. Impossible de rien trouver de moins dispendieux ; il ne vous faudra qu’un peu de fromage, car vous avez surement dans vos armoires des blancs d’œufs bien frais !

 

On en a si souvent, le jaune ayant servi la veille à lier quelque potage ou quelque sauce. Et voyez combien c’est facile et expéditif : vous consacrerez volontiers cinq minutes de votre temps à confectionner vous-même ce joli plat !

Pour deux blancs d’œufs, achetez 125 grammes de fromage de gruyère râpé. Battez très fortement les blancs d’œufs, mélangez avec le fromage. Ayez bien soin de ne pas ajouter de sel, le fromage étant déjà suffisamment salé par lui-même. Faites à la main de petites boules que vous tournerez dans de la fine chapelure et que vous jette dans la friture très chaude. Servez rapidement avec un peu de persil frit.
Vous dresserez sur une serviette tout un échafaudage de toutes ces belles petites boules bien dorée qui, sous l’action de la friture, ont considérablement gonflé et sont devenues d’une légèreté exquise. Garnissez votre plat de persil frisé et servez immédiatement, avec promptitude même, de peur de voir s’affaisser sur elle-même vos délicieuses, ce qui serait grand dommage.

Colifichets et Fanfreluches

Il est plus que temps, Mesdames, de penser à nos fraiches et légères toilettes d’été. Vous allez,- avec quelle joie !-  boucler vos malles et fuir la grande ville étouffante et empoussiérée. Il sera bien temps alors de se faire confectionner de fraiches robes ! La couturière accablée d’ouvrage n’aura point le temps de s’occuper de vous et vous voilà dans un bel embarras.

D’ailleurs, si vous étiez comme moi, à même d’admirer tout ce que l’on crée pour vous cet été, je parie que déjà votre choix serait fait et que vous vous seriez laissé tenter. Ce ne sont que tissus légers, mousselines, organdis, linon. Je ne dis pas que tout cela soit bien pratique et que cela fasse des robes d’usage. Jamais, à mon avis, ces toilettes ne valent, à ce point de vue, la jupe de lainage accompagnée de la blouse légère. Les jupes en tissus de coton, quel qu’il soit, sont si vite froissées, chiffonnées, et le bord inférieur est souvent, dès la première fois, entièrement souillé. Il en résulte des lavages fréquents, ce qui, à la campagne, n’est point toujours facile. Mais ces toilettes claires sont si coquettes, si seyantes et si commodes en même temps, si agréables à porter par les jours de grosses chaleurs, qu’on ne saurait trop nous blâmer – qu’en pensez-vous, Mesdames ?- de montrer,  pour cette fois seulement, bien entendu, un peu de déraison. Nous vous engagerons seulement à en prendre soin, et nous tacherons de choisir un tissu aussi résistant que possible.

Puisque nous parlons cette fois des tissus lavables, je vous dirai pour commencer qu’on vous prépare pour cet été infiniment de costumes tailleur en coutil ou en piqué. Si j’avais à vous donner mon avis, je vous dirais que je ne trouve pas cela infiniment gracieux ; quelle que soit la souplesse des tissus ; ils gardent toujours un certain apprêt, et, leurs plis ont, quoi qu’on fasse, de la raideur, et un aspect cassant. Le costume tailleur est la toilette pratique par excellence. Qu’on la fasse donc tout simplement en un bon tissu de laine d’une nuance point fragile afin d’en obtenir le plus d’usage possible. Mais je vous assure que je ne vois point les services que l’on peut attendre d’un pareil costume en piqué ou en coutil blanc, pas plus que je ne vois l’utilité d’une jaquette ou d’un boléro en ces mêmes tissus. Ce n’est certes pas pour la chaleur qu’ils procurent qu’on les endosse.

Pour ma part, je donne franchement toute ma préférence aux jolis tissus légers et minces qui vous font d’exquises robes, vraies robes d’été, celles là, fraiches et coquettes, qui sont bien la toilette rêvée  pour les radieuses journées de soleil et de chaleur. Pour nos robes habillées, il y a les batistes, les organdis, les mousselines, les nanzouks. Tous ces tissus flous et transparents exigent nécessairement une doublure. Pour les toilettes très élégantes, cette doublure sera en soie, mais on pourra se contenter de simples batistes, et voilà aussitôt le prix de revient de la robe considérablement diminué.

Le carnet de la ménagère

Si nous abordions une grave question d’économie domestique ? Il s’agit de l’éclairage. J’en entends parmi vous qui se désespèrent et qui prétendent que les lampes sont un bien gros souci de l’existence, et que jamais elles n’éclairent convenablement ! Le fait est qu’elles sont peut être mal entretenues – ceci soit dit sans nulle intention malveillante ou offensante à votre égard, mes amies !- et telle est la cause de tout vos ennuis. Le grand secret pour avoir des lampes qui fonctionnent bien, c’est de les maintenir toujours dans un état de propreté parfaite et d’user de bonne huile.
Ce sont surtout les lampes à huile végétale qui exigent un entretien méticuleux. Elles s’encrassent très rapidement. Je vous conseille donc vivement de les vider assez souvent afin de ne pas y laisser un fond d’huile grasse et noirâtre et de les laver de temps en temps, après démontage, avec une petite savonnée ou avec de l’eau de potasse très chaude, puis de les rincer et de les laisser sécher. L’eau de soude convient parfaitement aussi. Dans une maison rigoureusement tenue, il convient de procéder tous les matins à l’arrangement des lampes, c’est une besogne qu’il sera bon de surveiller vous-même et non de le faire faire par une servante.

Voici ensuite un excellent moyen de noircir les fourneaux de cuisine. Vous battrez bien trois blancs d’œufs et vous les mélangez à 250 grammes de mine de plomb. Ensuite vous délaierez cette pate avec de la bière aigre ; le cidre convient très bien aussi. Vous ferez bouillir ce mélange pendant un bon quart d’heure, puis le laisserez refroidir avant de vous en servir. Vous l’employez d’ailleurs comme de la mine de plomb ordinaire, en l’étendant sur le poêle à l’aide d’un petit chiffon, en frottant ensuite énergiquement au moyen d’un linge et d’une brosse, puis en achevant de donner le poli avec un morceau de velours. Vous verrez que le brillant est beaucoup plus beau, plus persistant et plus facilement obtenu que par la mine de plomb ordinaire. Notez que ce mélange se conserve parfaitement, c’est pourquoi je vous l’ai donné en assez grande quantité.
Quand aux fourneaux en briques, vous les laverez au moyen d’eau seconde bien diluée, les rincerez et les sécherez ; puis, seulement lorsqu’ils sont complètement secs, vous les achèverez au moyen d’un chiffon de laine humide d’huile qui donnent aux briques un beau luisant.
Ayez soin toutefois de ne mouiller l’étoffe que fort légèrement afin d’éviter une odeur désagréable lorsque le feu sera allumé et les briques échauffées.

La causerie de cousine Lucy

On me demande de divers cotés un modèle de dentelle, et au crochet ; je n’en donne pas souvent car ce genre de travail est beaucoup moins en faveur que jadis, et la majorité des femmes l’ont délaissé. Cependant, comme il a encore des adeptes, et parmi elles un certain nombre de nos lectrices, je vous donne ici le modèle d’une dentelle large pouvant servir pour stores, taies d’oreiller, couvre-pieds, etc. Le travail est très simple.

Voici un tapis pour petite table ou guéridon qui, bien brodé, n’aura aucune lourdeur. Si ce petit tapis est destiné à votre salon, faites le en satin de laine brodé de soie ; s’il doit trouver place dans la salle à manger ou dans un bureau, le drap conviendra mieux ; enfin si vous désirez en recouvrir une console ou une petite table dans votre serre ou votre véranda, brodez le en coton Luciole sur toile bise ou rouge.

     
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