Journal 4

25 Juillet 1867
Cher journal,
Voici mon quatrième journal. Ma vie en quatre tomes. Parfois je me demande pourquoi je m’astreins à cette tache, n’ayant jamais réouvert les précédents. Peut être un jour serviront ils quelqu’un. A mes futurs enfants peut être ?

27 Juillet 1867
Cher journal,
Le jeune Victor a renversé un vase aujourd’hui. Sa mère l’a privé de sortie. J’ai pourtant tenté de prendre sa défense quand les enfants étaient sortis, mais rien n’y a fait. Il n’ira pas au Zoo avec nous.  Il a eu son petit air triste toute la journée. Je trouve Mrs Nesbit trop sévère avec eux. Ce ne sont que des enfants après tout et ils n’ont pas d’espace où dépenser leur énergie. La semaine prochaine, je les emmènerais au Park. Je suis certaine que Miss Speight me soutiendra. Nous passeront par la cuisine pour rentrer, et ils mettront des vêtements propres avant de retrouver leur mère au salon. Ces enfants ont besoin de courir.

30 Juillet 1867
Cher journal,
Quelle journée magnifique. A peine le pied par terre, Emma est venue frapper à ma porte. Sa petite frimousse pleine de tâche de rousseur me regardait avec un air si tendre. J’ai tellement de chance de pouvoir m’occuper de ces enfants. Ensuite, j’ai reçue une lettre de Colin.  Avoir de ses nouvelles me réchauffe le cœur. Il me manque tant.  Je lui ai répondu aussitôt. C’est la première fois depuis le décès de Tante Agathe que j’arrive à éprouver du réel plaisir aux taches quotidiennes. Je pense à elle avec moins de peine. Cela doit être cela, faire son deuil.

3 Aout 1867
Cher journal,

Comme cette journée a été agréable. Moreen Pottershan nous avait convié à une Garden party. Bien sûr, toute la conversation a tourné autour de son futur mariage. Elle semble si épanouit et parle de « son Terry » avec tellement d’admiration.

 

J’ai hâte que Colin et moi puissions aussi préparer notre mariage. Mais sa prochaine permission semble bien loin. La seule ombre de la journée a été le fait que Maggy, qui était invitée aussi, n’a pas voulue m’adresser la parole. J’ai pourtant tout fait pour me montrer agréable. Cela m’attriste beaucoup.

4 Aout 1867
Cher journal,
Quelle triste journée. Je l’ai passé à pleurer. Il faut que je me reprenne, Tante Agathe m’aurait grondé de la pleurer ainsi. Et puis les enfants ne doivent pas pâtir de mon morale. Toutes ces histoires me rendent si triste. Si seulement je pouvais revenir en arrière, à l’époque où tout allait si bien. Allez ! Demain est un autre jour.

7 Aout 1867
Cher journal,
Comme cela fait du bien de flâner dans les rues de Londres au bras d’une amie d’enfance. Madelaine  Zimmermann, que l’on appelle Maddie, était de passage à Londres. Elle part pour l’Inde demain. Cela n’a pas l’air de l’émouvoir. Moi, je serais terrifiée. Mais j’ai toujours était peureuse. Sa place de gouvernante auprès du Général Tidwell l’a déjà fait beaucoup voyagé. Nous avons parlé de son départ, de nos places respectives, du bon vieux temps. Elle m’a dit de ne pas m’en faire pour Maggy, que tout allait s’arranger. J’espère tant qu’elle ait raison.

9 Aout 1867
Cher journal,
Que c’est bon de rire. Mr et Mrs Nesbit était partis pour la journée. Nous en avons profité pour organiser une pièce de théâtre. Victor faisait un  capitaine de vaisseau, Emma une princesse en détresse, William, un preux chevalier qui s’est vite transformé en fantôme, et même la petite Mary a eu son déguisement. Nous lui avons fait des moustaches au crayon et elle a passé sa journée à miauler. Quand à moi, je faisais une sorcière assez convaincante. Miss Speight nous avait fait un copieux gouté et nous a raconté une légende irlandaise vraiment effrayante.  A 17 heures, nous avons entendu le claquement des sabots des chevaux au dehors. Nous avons juste eu le temps de tout ranger avant que nos employeurs ouvrent la porte. Mrs Nesbit m’a demandé ce que Mary avait sous le nez. Il lui restait un peu de crayon que je me suis empressé de nettoyer prétextant ne pas savoir. Miss Speight a eu du mal à retenir un fou rire, mais heureusement, tout s’est bien terminé.

12 Aout 1867
Oh mon Dieu ! J’ai reçu aujourd’hui une lettre de Maître J. Grovnor de Dover. Il m’annonce que Tante Agathe me lègue la maison familiale ainsi qu’une somme assez conséquente. Il dit qu’il y a une close spéciale concernant Maggy.  Je lui ai tout de suite écrit pour lui demander si je pouvais lui faire un don. J’attends sa réponse. Je vais aller voir Mrs Nesbit et lui signifier mon congé. Je suis désolé de quitter les enfants, mais il est temps de penser à fonder ma propre famille. Je me sens très excitée. J’espère pouvoir dormir.

13 Aout 1867
Cher journal,
Je n’ai pas fermé l’œil de la nuit. Mrs Nesbit a essayé de me faire changer d’avis. J’ai eu beau lui répéter que je resterais jusqu’à ce qu’elle trouve quelqu’un pour me remplacer, elle ne m’adresse plus la parole. Cela a bien refroidit mon excitation. Mais je ne dois pas me démonter. Cela fait 4 ans que je la sers sans rechigner, et je dois penser à moi maintenant.

15 Aout 1867
Cher journal,
J’écris d’une petite chambre de la pension de Mrs Lavigna. Mrs Nesbit est arrivée ce matin dans ma chambre avec une enveloppe contenant mon solde, l’a jeté sur le lit et m’a demandé de partir sur le champ. D’après Miss Speight, elle n’a trouvé encore personne pour me remplacer. Je n’ai même pas eu le droit de dire au revoir aux enfants. Miss Speight m’a dit qu’elle leur expliquerait, ce qui m’a un peu rassuré. Mais cela n’a pas atténué mon chagrin. Et puis cette chambre ne me plait pas, elle est si triste. Les larmes me viennent aux yeux. J’espère aller mieux après une bonne nuit de sommeil.

16 Aout 1867
Cher journal,
Il fallait absolument que je me change les idées. Je suis allé à la librairie Fletcher. Il fallait que je trouve un roman passionnant. « De Grandes Espérances» de Charles Dickens. C’est l’histoire d’un jeune Orphelin qui devient subitement riche. C’est exactement ce qu’il me fallait. J’ai passé mon après-midi à Hyde Park assise sur un banc à savourer ce roman. C’est très joliment écrit. J’ai eu un peu de mal à me concentrer au début, mais l’histoire est si prenante.

22 Aout 1867
Cher journal,
J’ai l’impression d’avoir fait le tour de Londres. J’ai du visiter une centaine de magasin. J’ai hâte que le rendez-vous approche. J’ai écris aujourd’hui à Colin, je n’avais pas pensé qu’il allait continuer à écrire chez les Nesbit.

27 Aout 1867
Quel plaisir de revoir nanni Rachel. Je l’ai rencontré en sortant du salon de thé Fellows. Elle avait à peine vieillis. Je l’ai reconnue tout de suite. Quand à moi, j’ai du lui rappeler mon nom. Elle m’a prit dans ses bras. Je me suis sentie redevenir une petite fille. Nous avons passé l’après midi à bavarder, elle m’a montré sa nouvelle maison, elle habite désormais au 189 Maida Vale. Sa maison lui ressemble, elle est accueillante et rassurante.  J’ai un peu mentis lorsqu’elle m’a demandé des nouvelles de Maggy. Je n’avais pas envie de lui faire de la peine.

2 Septembre 1867
Cher journal,
Je suis allé voir les bains Peterson. Cela m’a rappelé un très vieux souvenir, j’étais sur les genoux d’oncle Albert, et nous traversions le hall. Tout le monde nous regardait. Le spectacle devait être joli, une petite fille assise sur les genoux d’un homme en chaise roulante. La devanture a à peine changé. Quel dommage que Tante Agathe ait du vendre après la mort d’oncle Albert. Je suis pleine de nostalgie en ce moment. Vivement que le rendez-vous arrive.

3 Septembre 1867
Cher journal,
J’ai reçu une lettre de Colin. Il me dit des mots si gentils pour me réconforter. Il trouve l’attitude de Mrs Nesbit intolérable. Cela m’a fait du bien de le lire. Même si je savais qu’elle avait mal agit, c’est réconfortant de l’entendre de quelqu’un d’autre.

6 Septembre 1867

La lettre de Maître Grovnor est enfin arrivée. Elle est arrivée chez Mr et Mrs Nesbit le 16 Mai et elle ne m’arrive que maintenant. J’enrage contre Mrs Nesbit, je suis certaine qu’elle l’a fait exprès. La nouvelle que j’ai reçue  est décevante, même si, au fond, je m’en doutais.

La close du contrat dont m’avait parlé le notaire dans sa lettre est que je pourrais hériter, à condition que je ne fasse jamais aucun don à Maggy. Je devrais signer sur mon honneur. Tout ceci me met tellement mal à l’aise. Dois-je renoncer à l’héritage ? Je n’en ai pas les moyens. Et puis je ne veux plus travailler chez des personnes semblables à  mes anciens employeurs. Non, je n’ai pas le choix.

10 Septembre 1867
Cher journal,
Ce matin, je suis allée prier à l’église Calviniste. Et c’est dans la pénombre de ce lieu de recueillement que j’ai pris la décision de quitter la pension de Mrs Lavigna pour celle de St Patrick. La chambre est moins jolie et plus petite, mais paradoxalement, je m’y sens mieux. Certes Mrs Duncan a l’air sévère et peu aimable, mais la jeune domestique est très gentille. Nous avons discuté un peu lorsqu’elle montait mes bagages et elle semble bien plus cultivée que ne le laissait supposé l’endroit où elle vit. Il y a aussi un jeune garçon qui aide à de menues tâches. Il me rappelle mon Victor, il a l’air aussi malin, sinon plus. J’ai écris de nouveau à Colin pour lui donner ma nouvelle adresse. J’espère avoir de ses nouvelles bientôt, il me manque tellement.  En défaisant ma valise, j’ai cru avoir perdu la boite verte dans laquelle je range toutes ses lettres. Je me suis fait une vraie frayeur. Mais tout va bien, je l’ai retrouvé.

13 Septembre 1867
Cher journal,
Hier soir, je suis allée voir un ballet pour la première fois de ma vie. J’ai été éblouie par la musique, les lumières et la grâce des danseuses. En rentrant, j’ai cru apercevoir Laurence au coin de la rue. Mais j’ai du rêver. Cette histoire me rend nerveuse. Vivement ce rendez-vous. J’ai vraiment hâte que tout soit terminé.

INTRODUCTION